Bulletin n° 35/36

"Des sources aux chapelles"

Lucien OLIVIER

ACADEMIE DU MORVAN

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation du bulletin

Quel promeneur distrait, quel randonneur pressé, émergeant de l’ombre d’un sous-bois, pourrait rester insensible au charme de la petite maison qu’ildécouvre dans une clairière, au détour d’un chemin, sous la ramure basse de quelques arbres de haute venue dont les feuillages mobiles dissimulent le clocheton et ses ardoises luisantes P Mais, il n’en est rien l’homme fait le tour de la chapelle, comme d’autres l’ont fait si souvent avant lui, et perçoit, quelque part, dans le sous-bois, au-delà de la clairière, le murmure d’une source qui s’écoule d’une fissure de roche et où il se désaltère. Sous le charme de la nature vivante qui l’environne, le voyageur veut en savoir davantage. Ainsi, va-t-il apprendre que, dans ce pays, il existe d’autres chapelles comme celle-ci, et que beaucoup d’entre elles ont été oubliées dans leurs clairières embroussaillées ou dans les bouquets sommitaux des buttes qu’elles couronnent, là où, justement, sont morts de grands arbres, non loin de leurs sources vivifiantes, envasées et détournées. Mais il apprend aussi que certains s’en sont émus, notamment à Faubouloin’, et que ceux-là militent pour qu’à l’avenir soient sauvegardés, comme tous autres, ces témoins éloquents et fragiles d’une histoire régionale bimillénaire.

Dans le même sens, l’objet de la présente analyse est de définir l’origine et l’évolution de ces modestes sanctuaires dont les rites furent longtemps les seuls recours de leurs fidèles devant des calamités naturelles et incontrôlables induites par des structures géo-hydrologiques et des variations climatiques défavorables qui ne laissaient place qu’aux mythes ou à la désespérance. Aussi, les missionnaires du christianisme ont-ils fini par accepter l’intégration de certains usages et de certaines invocations à un culte pagano-chrétien dont Marcel Vigreux2 et Liliane Pinard3 ont souligné l’étrange pérennité jusqu’à l’époque contemporaine.

Mais, à l’issue de notre recherche, fondée sur les seules données de l’archéologie et de l’histoire régionales, il nous a paru intéressant d’en réserver l’épilogue à l’expression d’une réflexion religieuse actuelle sur ce thème. Nous remercions Marie-France Wuilleumier de nous en faire part, sans oublier la très efficace assistance bibliographique de Marie-Hélène Olivier.

(1) A. PARIS, Actes du X~ congrès de Ici Société mythologique française, Château-Chinon, 1987.

(2) M. VIGREUX, Pa5 sans et notables du Monvan. Chdteau-Chinon, Académie du Morvan, 1987.

(3) L.PINARD, Mentalités religieuses en Morvan méridional au XIX’ siècle ‘~, Bull. de l’Académie du Morvan, 0030~31,1990.